mardi 12 novembre 2013

- Bribes de Varanasi -


River Ashram, repère de hippies <3


Les rues qui ressemblent à Collioure. Les vaches en plus. Le Gange sous tous les angles, du lever au coucher du soleil. Les boutiques de “sweets” à chaque coin de rue. Les marchés de soie et de coton. “Your hairs might be golden, but my name is Silver. Nice to meet you”. Le brocard qui crisse sous mes doigts. Les naans encore chauds pour seulement 3 roupies. La vue du rooftop de Shanti Guesthouse. Puja à Assi ghât le matin. Diner americano-serbo-français pour Diwali. Jardin du river ashram, enfants qui courent dans tous les sens. Couchers de soleil bleus, oranges, roses. Discussions musclées avec le tailleur. Les lumières du Main Ghat le soir de Diwali. L’atelier du Ganga Learning Center. Du chai dans les fabriques de soie. Le Golden Temple. “Head, Shoulders and Toes”. La poussière qui vole autour de mes colapuri. “Do you want a boat ?”. 6 mètres de sari bleu. Des machines à pédale et le bonheur au bout des doigts. 3 kilos par Fedex. Et 5 sur mes hanches à cause de visites quotidiennes au Blue Lassi. Coconut & Banana Lassi.

vendredi 8 novembre 2013

- IRTC I love you -

Sleeper class, mon amour

Habituellement, je suis une fille aux passions assez exclusives. Du genre à manger du porridge aux raisins à chaque repas, pendant 2 mois. Le genre qui va nager chaque jour, dans la même piscine, en se changeant dans la même cabine (celle à côté du mec qui passe ses journées à lire le journal dans une cabine de piscine municipale. C’est mon pote).

Mais en Inde, je suis infidèle. Ma passion pour les pains de toute sorte n’a d’égal que ma passion pour le train. Le train indien, c’est un concentré de tous les paradoxes du pays, c’est l’odeur du chai mélangée à celle des samossas bon marché, des paysages qui défilent et des ventilateurs crasseux. Bref, le train en Inde, c’est drôlement chouette.

Compte tenu de la taille du pays et de la modernisation toute relative de l’IRTC – la SNCF indienne – les trajets sont soit longs, soit très très longs. Comptez 6h pour rejoindre Varanasi depuis Bargarh, 13h pour Delhi, 30h pour Bombay. 

19h de trajet pour Jaipur, le temps d'écrire ses mémoires

Comme les indiens ne font jamais les choses à moitié, il y a 5 classes dans les trains indiens : AC 1, AC2, AC3, Sleeper et General. Pour les premiers voyages, j’avais réservé en AC3 selon les conseils du Routard. Mais c’était cher. Alors j’ai décidé de voyager en Sleeper. En sortant de mon premier trajet en 4ème classe, Bombay – Jaipur, j’avais déclaré un truc du style « Jamais plus, jamais plus, la prochaine fois, je voyage en AC1 ».

Pour ce premier voyage en Sleeper, j’étais entourée d’indiens qui ne parlaient pas un mot d’anglais. A l’époque, je savais à peine dire « Je m’appelle Héloïse » en hindi. Et encore, c’était tout juste compréhensible. Quelque part entre ces mecs indiens qui me fixaient, le ventilateur qui a pris feu et les toilettes qui débordaient,  un travesti m’avait réveillé à 5h du matin en me secouant pour que je lui donne 10 roupies. Je détestais la classe Sleeper. J’étais contente qu’il ne parle pas français quand je lui ai demandé de me laisser dormir avec un vocabulaire plus fleuri qu’un jour de puja.

Et comme pour les épices, le chai, comme pour le yoga et les légumes au petit déjeuner, j’y suis retournée à deux fois, et j’ai aimé.

Etre blonde en Inde, c’est la garantie de rencontrer plus de gens que ce que votre répertoire téléphonique ne peut contenir (En même temps, j’ai acheté un Samsung à moins de 1000 roupies, on ne peut pas tout avoir. Surtout pour moins de 1000 roupies). 
Être blonde dans un train indien, en Sleeper, c’est être certaine que tout le wagon connaît votre destination, la raison de votre présence en Inde, vos légumes favoris – pas de bindis pour moi merci -, l’âge de vos sœurs, de votre mère, le nom de votre chat et de votre boss. D’ailleurs, dans le même laps de temps, vous apprendrez surement que la moitié déteste aussi les bindis. Comme vous. C’est trop cool ! 

                           En bref, passer 26h ou plus dans un train indien, 
                            c’est la garantie de se faire de super copains.


26h, c’est long, il faut s’occuper. Manger est sans doute le meilleur moyen de faire passer le temps : une fois l’estomac bien calé, vous pouvez roupiller de tout votre saoul sur la banquette du dessus (à environ 2 mètres du sol, mieux vaut ne pas avoir le vertige). Le chai-wallah et le samossas-wallah se relaient pour remplir les estomacs des passagers. Certes, c’est un peu horripilant d’être réveillée à 5h par un type en train d’hurler « Garam garam chai hai, garam chai » (Thé chaud ! Thé chaud !), mais déguster un chai avec des Parle G en regardant le paysage défiler par la fenêtre au lever du soleil vaut largement ces quelques heures de sommeil en moins. Et de toute façon, comme les trajets durent deux jours, vous pouvez faire une sieste à 10h. A midi aussi. Et même à 16h.
Je n’ai pas encore testé la formule, mais il paraît que dans certains trains, les restaurants viennent vous apportez des menus, vous n’avez qu’à envoyer un texto au numéro indiqué, et votre commande est livrée à la prochaine station. Sérieusement, qu’attend la SNCF pour importer ce modèle ? 


Chai entre Varanasi et Allahabad


Et le génie des trains indien ne s’arrête pas là : n’importe quelle personne ayant voyagé dans un train français à côté des toilettes voit ce dont je vais parler. L’insupportable porte coulissante. Pour gagner de la place, les portes des toilettes de la SNCF sont coulissantes. C’est chouette sur le principe. En pratique, la porte ne se verrouille jamais et vous passez votre trajet à aller la refermer, où à supporter le bruit de la porte qui claque au rythme du train. Sans parler des émanations diverses et variées. En Inde, les portes se verrouillent de l’intérieur ET de l’extérieur. Certes, le volume sonore de trois indiens équivaut plus ou moins à une porte qui claque. Mais il n’en reste que la porte des toilettes des trains indiens ne claque pas. Et ça me rend heureuse.


Alors, ÉVIDEMMENT, les trains ont du retard – mais deux heures sur 26h de trajet, qu’est ce que c’est ? - les gares ne sont pas indiquées, et réserver un billet par Internet devrait figurer dans le 9ème cercle de l’enfer de Dante. Evidemment, on retrouve la panoplie internationale des désagréments en train : toilettes sales, vols de bagages et enfants réglés sur le volume maximum.

Mais le train indien, c’est bien. 


Supers conseils des Mumbai-insiders

vendredi 1 novembre 2013

- When I'm right I'm right, when I'm wrong I could been right -

Je me souviens distinctement m’être réveillée au milieu du vol AI421 Paris – Delhi. Il devait être 3h du matin - heure française - et je me disais « Mais qu’est ce que tu es en train de faire, pauvre folle ? Prends un billet retour direct et rendre à Paris ! ». J’avais tort. Et ce n’était que la première fois… 




#1 : Je peux me passer de café, et puis la théine du chai me maintiendra éveillée.
Faux. Je ne peux pas me passer de café, les matins à Bargarh se déroulent dans le brouillard, et je suis à deux doigts de tester les feuilles de béthel. 


#2 : Je vais perdre 10 kilos à force d’être malade et de ne rien manger vu que je ne supporte pas les épices.

Faux. Les épices c’est fantastique, la nourriture indienne est magnifique.  Je vis une histoire d’amour passionnelle avec le pain sous toutes ses déclinaisons : Paratas, Chapatis, Naan, Puri ou Tandoori, je peux lancer un guide du Routard dédié à mon retour ! 




#3 : Je m’en fiche d’être dévisagée, ils ne vont pas me manger.

Faux. Bien que personne n’ai essayé de gouter mes cheveux – pour le moment - c’est parfois usant d’être une curiosité locale. Cela dit, mes amis parisiens seraient bien avisés de me dévisager dans le RER du retour pour une acclimatation en douceur. 




#4 : Hors de question de m’acheter de vêtements indiens, c’est importable à Paris.

Ah oui ? Et c’est pour ça qu’il y a deux saris sur mes étagères à Bargarh ? Et des kurtas ? Et les Alibaba pants, c'est uniquement pour le yoga ?




#5 : Je m’en fiche, je vais passer quatre mois en mode brousse. (Hahaha)
Faux. Être entourée d’indiennes toutes plus jolies les unes que les autres me donne envie de tester des onguents et poudres en tout genre. De porter plus de bijoux qu’une jeune mariée et de me rouler dans leurs châles en soie en poussant des cris d'extase.


La photo n'a rien à voir, mais Varanasi c'est joli :)

mercredi 23 octobre 2013

- A picture an hour in Bargarh -


5h30 -  Debout ! Les premiers rayons du 
soleil frappent ma moustiquaire, la journée commence 
(Il faut l'admettre, dans la douleur).




6h30 - De retour de notre footing matinal avec Chotu. 
A force de passer par des chemins pas vraiment 
adaptés pour éviter les chiens errants, 
mes chaussures sont devenues couleur de boue. 



7h30 - Lessive ! 3 tee-shirt et deux pantalons, 
ma garde-robe n'a jamais été aussi réduite. 
Des basiques de chez Gap et H&M qui m'accompagnent 
fidèlement depuis mon arrivée.




8h30 - Yoga en observant le soleil 
monter lentement dans le ciel.



9h30 - Petit déjeuner. Saarita prépare de délicieux chapatis.
(les miens ne sont pas vraiment ronds, 
j'ai encore des progrès à faire)




10h30  - À table ! Chapatis & Subji (Loki, Aloo and Tomata)




11h30 - Parfois, je travaille vraiment. 
Mes articles serieux et documentés 
à l’extrême seront visibles sur  le site de Rain Drop




12h30 - L'éléphant de Bargarh remonte fièrement 
la rue principale,  passant comme chaque 
matin devant notre terasse !


 13h30 - En route pour le terrain ! J'accompagne Ashok et Bablu de villages en villages pour rencontrer les agriculteurs, discuter de nouvelles possibilités d'irrigation et surtout jouer avec les enfants pendant qu'ils prennent des mesures sur les terres. 



14h30 - Lunch time. Chapatis, chapatis. 
Toujours des chapatis.


15h30 - Pause chai & Parle G. Un paquet de Parle par personne, 
la base à Sarvodaya Seva Ashram !



16h30 - Réunion de l’après midi sur la terrasse. 



17h30 - Pause chai & Parle entre deux articles.




18h30 - Excercice time ! Mes postures sont encore à revoir, 
et pas la peine de s'y tromper,  je ne fais que 
compter les tractions d'Ashok.

 

21h30 - Diner sur la terasse, dans le noir la plupart 
du temps car il y a rarement de l’électricité le soir.



                 22h30 - Au lit, une autre journée nous attend demain.


vendredi 18 octobre 2013

- Théories de l'adaptation -


     Je suis sans doute la moins bien placée pour parler d’adaptation. Imaginez une petite fille entrant en maternelle, cramponnée à son doudou dans un coin, sanglotant en silence. Cette petite fille, c’était moi. Mignon à trois ans, beaucoup moins quand cette petite fille entre en prépa / à la fac / à  Kent Uni /à SciencesPo (Le doudou en moins, quand même)(Je devrais ajouter un lien LinkedIn après avoir balancé mon CV de la sorte) 



    Et pourtant, j’écris ces mots sur la terrasse d’un ashram au fin fond de l’Uttar Pradesh, pieds nus, entourée d’indiens qui ne parlent pas un mot d’anglais et encore moins de français, en attendant de manger – avec les doigts – un plat dont je ne maitrise pas vraiment la prononciation et encore moins la préparation !



     Je suis une attardée de l’adaptation, je déteste la nouveauté, les changements brutaux, ne pas maitriser ce qui se passe autour de moi. Je déteste ne pas pouvoir me rendre dans MON Monoprix, acheter MON cacao et MON lait pour me faire un chocolat chaud, sans oublier de passer par MA caisse préférée parce que c’est celle où il y a MES chewing-gums. Et pourtant, je suis parfaitement heureuse à Bargarh, où je ne trouve ni chewing-gum gum ni cacao, où acheter deux bouteilles d’eau demande des heures de planification stratégique. Parfaitement heureuse en Inde avec mon unique sac à dos de 40l pour quatre mois, en sachant très bien que je peux oublier mon Petit Marseillais pour cheveux blonds.



    Le secret, c’est peut-être de ne pas essayer de s’adapter, et laisser couler. Regarder les étoiles le soir, le goût du sel sur les lèvres et Chori Chori Dillegawi en fond sonore. 


Adaptation à l'environnement in situ.

jeudi 17 octobre 2013

- 7 choses que j'aime d'amour en Inde -



 


#1 Le goût du chai au gingembre


#2 Marcher pieds nus autour des plantations de riz


#3 Le sourire des enfants


#4 Les sarees de toutes les couleurs

#5 Les voyages en train
 
#6 Mes nouveaux pahels jolis <3 


#7 L’odeur des citrons fraichement 
cueillis dans le jardin derrière l’école

mercredi 16 octobre 2013

- Un petit morceau de Bargarh -


Pretty face from Chuhada


    Moment suspendu au bord de l’étang de Chuhada. Les nénuphars flottent paresseusement à la surface et le soleil écrase l’ombre d’Ashok au loin. Je rêve de me baigner, mais il paraît qu’il y a des serpents au fond de l’étang. Un fermier tente désespérément de faire entrer un buffle dans l’eau. L’encourage à grands cris, mais l’animal se dérobe sans cesse. Sans parler l’hindi, je peux entendre la colère dans sa voix. Et finalement, à force de persévérance le buffle  - et le fermier juché sur son dos - sont parvenus à rentrer dans l’eau. Cris de joie presque attendris du fermier. Gerbes d’eau et de boue qui éclaboussent tout autour, déchirent le silence pour un instant. 


Le fameux étang